Posée au cœur du plateau du Larzac, la cité de La Couvertoirade possède l’aura de ces villages de légende où s’entremêlent les tumultes de l’Histoire et la beauté paisible d’une contrée préservée. Ici, mille ans d’histoire vous accueillent.
Poussez les portes des remparts hospitaliers et osez vous perdre dans les ruelles. Découvrez le four banal, l’église, l’unique château templier de France, et la plus grande lavogne du Larzac. La Couvertoirade, reconnue comme l’un des « Plus Beaux Villages de France », vous attend dans un territoire classé au Patrimoine mondial de l’humanité.
L’Ordre des Templiers
Vers 1120, peu après la première croisade, Hugues de Payns, chevalier originaire de Champagne ayant pris l’habit monastique à Jérusalem, fonde avec quelques compagnons « Les chevaliers de l’ordre du temple » : une milice dont la mission sera de défendre les routes du Royaume de Jérusalem pour la sécurité des pèlerins.
Ainsi naît l’ordre des Templiers, un ordre à la fois religieux et militaire composé de moines-soldats. Autour des années 1140, l’ordre s’organise en une véritable force militaire qui étendra son action à l’ensemble des États Latins.
L’ordre doit son nom à son installation dans la mosquée Al Aqsa, construite au VIIe siècle sur l’emplacement symbolique de l’ancien Temple de Salomon : les « chevaliers de l’ordre du Temple » furent appelés plus couramment les Templiers.
En Occident, les Templiers se voient octroyer de nombreuses donations de terres qui sont organisées en commanderies et dont les revenus sont destinés à la Terre Sainte. Rapidement, les possessions et le pouvoir des Templiers deviendront considérables.
La fascination qu’exercent les Templiers est en partie due à leur tragique disparition : le vendredi 13 octobre 1307, sur ordre du roi de France Philippe IV le Bel, tous les Templiers du royaume, accusés d’hérésie, d’idolâtrie et de sodomie, sont arrêtés, emprisonnés voire torturés.
En 1312, au Concile de Vienne, l’ordre est dissous par le Pape. Le dernier maître de l’ordre et deux hauts dignitaires, déclarés relaps, seront brûlés en 1314. La mission des Templiers avait pris fin après la perte des États Latins en 1291, et l’opinion publique le leur reprochera : pour beaucoup, ils étaient devenus inutiles, trop riches et trop puissants.
Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
Au milieu du XIe siècle, bien avant la première croisade, des marchands d’Amalfi (Italie) avaient fondé à Jérusalem, près du Saint-Sépulcre, un hôpital à l’intention des pèlerins venant se recueillir sur le tombeau du Christ.
Après la croisade, cet hôpital laïc va poursuivre sa mission d’hospitalité et se transformer en ordre religieux : l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il sera reconnu en tant que tel par une bulle papale en 1113. Comme l’Ordre du Temple, c’est vers 1140 qu’il s’organisera en ordre militaire tout en conservant sa vocation première : l’hospitalité.
L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem survivra à la disparition des États Latins après la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291. Dans un premier temps, les chevaliers se réfugieront dans le royaume franc de Chypre avant de s’installer sur l’île de Rhodes, à partir de 1306, d’où ils seront chassés par les Turcs en 1522. En 1530, l’empereur Charles Quint leur donne l’île de Malte où ils resteront jusqu’en 1798, devenant les Chevaliers de l’Ordre de Malte.
L’héritage des Templiers et des Hospitaliers
Le nom de Cubertoirata apparaît au XIe siècle comme simple mention dans le chartrier de l’abbaye de Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert actuellement). Les Templiers sont présents à La Couvertoirade dès la deuxième moitié du XIIe siècle.
Leur implantation en ce lieu est due à la présence de terres cultivables, d’eau pour les hommes comme pour les bêtes, d’un rocher convenant à la construction d’un château et d’une draille venant du Languedoc pour la transhumance. Le village va se développer au pied de l’église et du château voisin, tous deux construits sur le même rocher. Sur ce Causse, les Templiers vont poursuivre l’activité agricole de leurs prédécesseurs : culture des céréales panifiables et élevage des ovins pour le lait, la viande et la laine.
Après l’abolition de l’Ordre du Temple au concile de Vienne (1312), la commanderie de Sainte-Eulalie dont fait partie La Couvertoirade passe la même année aux mains des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. En 1328, le village compte 135 feux, soit entre 540 et 600 habitants.
C’est dans la deuxième moitié de la guerre de Cent Ans que le commandeur de Sainte-Eulalie, alors grand prieur de Saint-Gilles, décide de faire fortifier tous les villages de la commanderie. Les murailles enserrant le village seront construites en quelques années seulement.
Le Larzac connaîtra une ère de prospérité après la fin de la guerre de Cent Ans, en 1453. Mais un nouvel orage plus destructeur que le précédent s’annonce : les guerres de religion. Pendant cette période, le commandeur installe à demeure, dans le château, une petite garnison armée de mousquets avec à leur tête un capitaine. Cette précaution ne sera pas inutile : en 1562, l’évêque de Lodève devra venir en personne avec une troupe pour débloquer la place assiégée par les Huguenots.
La paix retrouvée, le village se développe désormais à l’extérieur des murailles, dans le barry. Il y aura encore une dernière alerte, en 1702, au moment de la révolte des Camisards dans les Cévennes proches. Ce sera la dernière.
Le dernier commandeur de Sainte-Eulalie, et donc de La Couvertoirade, sera le commandeur de Riquetti Mirabeau. Comme partout, le village sera touché par l’exode rural, mais la qualité de son patrimoine lui a permis de revivre.